Retour au blog
    13 avril 202612 min de lecture

    Quel code de conception pour vos équipements sous pression ? CODAP, EN 13445, ASME VIII : guide de choix

    En résumé

    Le code de conception détermine les contraintes admissibles, les épaisseurs de paroi et les exigences de contrôle. EN 13445 et EN 13480 offrent la présomption DESP en Europe. ASME VIII est acceptable moyennant une note de conformité aux EES. ASME Div.2 vise les hautes pressions. RCC-M s'impose au nucléaire. Ce guide compare les codes, chiffre les écarts d'épaisseur et propose un arbre de décision.

    La question revient dans presque tous les projets de construction neuve : quel code de conception pour les équipements sous pression ? La réponse engage bien plus qu'un choix de formule.

    Le code de construction détermine la philosophie des contraintes admissibles, les exigences de contrôle non destructif, les qualifications de soudeurs et les conditions d'épreuve. Choisir le mauvais code (ou le changer en cours de projet) entraîne des reprises de documentation, des retards et des surcoûts.

    Ce guide couvre les familles de codes applicables aux récipients et aux tuyauteries, les critères de sélection et les erreurs les plus fréquentes.

    Quelle est la différence entre réglementation DESP et code de construction ?

    La DESP 2014/68/UE fixe les Exigences Essentielles de Sécurité (EES) mais n'impose pas de code. Les normes harmonisées (EN 13445, EN 13480) offrent une présomption de conformité automatique. Un code non harmonisé comme ASME VIII est acceptable avec une note de conformité aux EES dans le DTC.

    Les normes harmonisées publiées au Journal Officiel de l'UE dispensent le fabricant de démontrer individuellement la conformité à chaque exigence essentielle. C'est un avantage considérable dans le dialogue avec les organismes habilités.

    Les principales normes harmonisées sont :

    • EN 13445 : récipients sous pression non soumis à la flamme
    • EN 13480 : tuyauteries métalliques industrielles
    • EN 12952 / EN 12953 : chaudières à tubes d'eau et à tubes de fumée
    • EN 14917 : compensateurs de dilatation métalliques

    Un code non harmonisé comme ASME VIII est parfaitement acceptable en Europe. La directive est neutre sur le code. Le fabricant rédige une note de conformité aux EES de l'Annexe I. Cette démarche est courante et bien maîtrisée par les organismes qui traitent régulièrement des dossiers ASME.

    La classification DESP et le choix du module de conformité restent des préalables incontournables, quel que soit le code retenu. Notre guide sur la classification DESP détaille cette étape.

    CODAP, EN 13445 ou ASME VIII : les codes pour les récipients

    CODAP : le code français

    Le CODAP est publié par l'AFIAP. Depuis l'édition 2010, il intègre les dispositions de l'EN 13445. Il reste la référence des fabricants français. Sa structure couvre généralités (C), matériaux (M), conception (D), fabrication (F) et inspection (I).

    EN 13445 : la norme européenne harmonisée

    L'EN 13445 est organisée en huit parties. La partie 3 (Conception) définit les contraintes admissibles :

    f = min(Rm,20 / 2,4 ; Rp0,2,T / 1,5)

    Elle propose aussi des méthodes de Design by Analysis (Annexe B) qui permettent d'aller au-delà des formules analytiques grâce à la FEA.

    ASME VIII : les deux divisions

    L' ASME Section VIII se décline en deux divisions.

    Division 1 applique un coefficient de 3,5 sur Rm :

    S = min(Rm / 3,5 ; Rp0,2 × 2/3)

    Ce coefficient plus conservateur se traduit par des épaisseurs plus importantes, mais avec des méthodes de calcul simplifiées et des exigences CND moins contraignantes. C'est le code de référence en Amérique du Nord et pour les projets EPC à référentiel américain.

    Division 2 autorise des contraintes plus élevées (Rm/3, Rp0,2/1,5), proches des valeurs européennes. En contrepartie :

    • Analyse de fatigue systématique si cycles de P ou T.
    • Radiographie 100 % des soudures ou UT équivalent.
    • PWHT selon des critères stricts.
    • FEA possible (et parfois obligatoire) pour les géométries complexes.

    Division 2 est à retenir au-delà de 100 bar, pour les réacteurs haute pression ou quand la réduction de masse est critique. Pour les applications courantes, Division 1 reste le choix par défaut. Notre service d' analyse par éléments finis couvre les deux divisions.

    Comparatif chiffré pour l'acier P265GH

    Le tableau suivant compare les contraintes admissibles pour un acier typique (Rm = 410 MPa, Rp0,2 = 265 MPa à 20 °C) :

    CodeFormule admissiblef / S (MPa)Harmonisé DESP
    EN 13445 / CODAPmin(410/2,4 ; 265/1,5)170,8Oui ✓
    ASME VIII Div.2min(410/3,0 ; 265/1,5)136,7Non ✗
    ASME VIII Div.1min(410/3,5 ; 265×2/3)117,1Non ✗

    Pour ce même acier à PS = 120 bar sur une virole DN 600, cela donne environ 33 mm sous ASME Div.1 contre 22 mm sous EN 13445. L'écart est d'environ 50 %. ASME Div.1 compense par des méthodes de calcul simplifiées et des exigences CND moins strictes.

    CODETI, EN 13480 ou ASME B31 : les codes pour les tuyauteries

    Le panorama des codes de tuyauteries est plus fragmenté. La sélection conditionne directement la validité des calculs de flexibilité.

    La famille ASME B31

    • ASME B31.1 : tuyauteries de puissance (vapeur, condensat, eau d'alimentation).
    • ASME B31.3 : tuyauteries de process (raffineries, chimie, pharmacie). Le code le plus utilisé dans l'industrie de process.
    • ASME B31.4 : transport de liquides hydrocarbures.
    • ASME B31.8 : transport et distribution de gaz.

    La démarcation entre B31.1 et B31.3 suit une règle pratique. Si la tuyauterie est connectée à une chaudière ASME Section I, B31.1 s'applique à la "jurisdictional boundary". Au-delà, c'est B31.3.

    CODETI et EN 13480

    Le CODETI est le code français pour les tuyauteries sous pression. CODETI et EN 13480 ont convergé et partagent la même philosophie de conception. L'EN 13480 est harmonisée sous la DESP.

    Le cas du RCC-M

    Le RCC-M est le code de référence pour l'îlot nucléaire des REP français. Il s'applique selon des chapitres distincts : les tuyauteries de classe 1 relèvent des règles B, les classes N2 et N3 relèvent des règles C. Les deux couvrent le calcul des tuyauteries avec des niveaux d'exigence différents, la classe 1 étant la plus contraignante.

    CodeSecteur principalZone géographiqueHarmonisé DESP
    ASME B31.1Puissance (vapeur)InternationalNon
    ASME B31.3Process (chimie, pharma)InternationalNon
    CODETIIndustriel toutes fluidesFrancePartiel
    EN 13480Industriel toutes fluidesEuropeOui ✓
    RCC-M (règles B et C)Nucléaire REPFranceNon (hors DESP)

    Quels sont les cinq critères pour choisir votre code ?

    Cinq critères structurent le choix : le pays d'installation (DESP ou non), les exigences contractuelles (STA client), les conditions process (pression, température, fatigue), le secteur industriel et la disponibilité des matériaux listés dans le code.

    1. Le pays d'installation

    C'est le critère le plus structurant. Un équipement destiné au marché européen sous DESP s'oriente vers EN 13445 ou EN 13480. Un équipement pour les États-Unis ou un EPC piloté par Fluor, Bechtel ou KBR sera quasi systématiquement sous ASME.

    Pour l'export (Moyen-Orient, Afrique, Asie), le client ou le pays impose souvent un code. L'Arabie Saoudite exige généralement ASME (Aramco Standards).

    2. Les exigences contractuelles

    Les grandes compagnies (Shell DEP, Chevron PTS, Total GS EP) ont leurs propres Engineering Standards qui renvoient à un code de base tout en ajoutant des exigences. Le fabricant applique ce que le client spécifie.

    3. Le fluide, la température et la pression

    • Cryogénie : EN 13445 dispose d'annexes dédiées. ASME VIII Div.1 impose des essais Charpy en dessous de −29 °C.
    • Haute pression (> 100 bar) : ASME Div.2 ou EN 13445 Annexe B (Design by Analysis).
    • Fluides létaux : ASME B31.3 Catégorie M impose une radiographie à 100 %.
    • Fatigue cyclique : EN 13445-3 §17/§18 et ASME Div.2 Part 5 pour le calcul de fatigue.

    4. Le secteur industriel

    • Raffinage et pétrochimie : ASME VIII Div.1 + ASME B31.3, complétés par les API Standards.
    • Chimie et pharmacie en Europe : EN 13445 + EN 13480 ou CODAP/CODETI.
    • Énergie thermique : EN 12952/12953 pour les chaudières, EN 13480 pour les tuyauteries.
    • Nucléaire français : RCC-M pour l'îlot nucléaire, EN 13445 pour la partie conventionnelle.

    5. La disponibilité des matériaux

    Chaque code a sa propre liste de matériaux qualifiés. Un matériau ASME II Part D n'est pas nécessairement listé en EN 13445-2. Les aciers courants (P265GH / SA-516 Gr.70, 316L / SA-240 TP 316L) existent dans les deux familles avec des désignations différentes.

    Comment structurer votre décision ? Arbre de choix pratique

    Quatre questions successives : Marché européen ? → EN 13445 / EN 13480. Code imposé par le contrat ? → L'appliquer. Conditions process sévères ? → Div.2 ou Design by Analysis. Secteur nucléaire ? → RCC-M.

    1. Marché européen ? → Oui : partir sur EN 13445 / EN 13480 (présomption DESP). Non ou projet US/export : évaluer ASME ou code local.
    2. Code imposé contractuellement ? → Si oui, l'appliquer. Vérifier la cohérence avec le cadre réglementaire du pays d'installation.
    3. Conditions process sévères ? → Haute pression ou fatigue : ASME Div.2 ou EN 13445 Design by Analysis. Cryogénie : vérifier les exigences basses températures.
    4. Secteur réglementé ? → Nucléaire : RCC-M. Transport de gaz : ASME B31.8 ou EN 1594.

    Notre service de dimensionnement et calcul de pression couvre l'ensemble de ces codes. Le choix est documenté dans la note de calcul avec justification.

    Cinq erreurs coûteuses liées au choix du code

    Le choix du code se prend en début de projet. Les erreurs commises à ce stade se paient très cher ensuite.

    Erreur n°1 : changer de code en fabrication. Passer d'ASME à EN 13445 (ou l'inverse) après le début de la fabrication implique de revoir toute la documentation : notes de calcul, plans, qualifications soudeurs (ASME IX vs EN ISO 15614), gammes CND. Des soudures déjà réalisées peuvent devoir être reprises.

    Erreur n°2 : appliquer ASME sans note de conformité EES. Un fabricant européen qui livre un équipement ASME sans démonstration de conformité aux EES ne peut pas apposer le marquage CE. L'équipement est bloqué par l'organisme habilité.

    Erreur n°3 : confondre codes récipients et tuyauteries. Sur une installation, les récipients peuvent être EN 13445 et les tuyauteries ASME B31.3 si le contrat le prévoit. Les interfaces (brides de raccordement, classes, matériaux) doivent être traitées avec soin.

    Erreur n°4 : sous-estimer les CND de ASME Div.2. La radiographie 100 % des soudures sous Div.2 peut coûter plus cher que l'économie réalisée sur la matière. L'arbitrage se fait chiffres en main.

    Erreur n°5 : négliger la qualification des soudeurs. Un soudeur qualifié ASME IX n'est pas automatiquement qualifié EN ISO 15614, et inversement. Pour un fabricant travaillant avec les deux référentiels, la gestion des qualifications est un enjeu opérationnel.

    Conclusion

    Le choix du code n'est pas purement technique. C'est une décision qui articule réglementation, contrat, conditions process et capacités du fabricant. Trois principes guident la démarche :

    1. Identifier les contraintes non négociables : marché cible, exigences contractuelles, réglementation sectorielle.
    2. Évaluer l'impact technique et économique : contraintes admissibles, épaisseurs, exigences CND, qualifications soudeurs.
    3. Documenter et geler le choix tôt : la note de choix du code est un document de projet à émettre avant les calculs détaillés.

    Chez FLEX ENGINEERING, nous accompagnons nos clients dès cette étape stratégique. Maîtrisant CODAP, EN 13445, ASME VIII Div.1 et Div.2, CODETI, EN 13480 et ASME B31.3, nous réalisons des notes comparatives chiffrées pour vous aider à faire le choix le plus pertinent pour chaque projet.

    Besoin d'aide pour choisir ou appliquer le bon code ?

    Nous réalisons des notes de choix comparatives CODAP / EN 13445 / ASME et prenons en charge la totalité des calculs de dimensionnement. Devis sous 48h.

    Demander un devis

    Questions fréquentes

    Peut-on utiliser ASME VIII en France pour un équipement soumis à la DESP ?

    Oui. La DESP 2014/68/UE n'impose pas de code de construction spécifique. Elle exige uniquement la conformité aux Exigences Essentielles de Sécurité (EES) de l'Annexe I. Les normes harmonisées (EN 13445, EN 13480) offrent une présomption de conformité automatique. ASME VIII est parfaitement acceptable : le fabricant rédige une note de conformité aux EES dans le DTC. Cette démarche est courante et bien acceptée par les organismes habilités.

    Quelle est la différence concrète entre CODAP et EN 13445 ?

    CODAP est le code français publié par l'AFIAP. EN 13445 est la norme européenne harmonisée. Depuis l'édition 2010, CODAP intègre les dispositions de l'EN 13445 et les deux codes convergent fortement : même philosophie des contraintes admissibles (min(Rm/2,4 ; Rp0,2/1,5)), même traitement des ouvertures. La principale différence est réglementaire : EN 13445 confère la présomption de conformité DESP, pas CODAP formellement.

    ASME VIII Div.1 ou Div.2 : comment choisir ?

    Division 1 est le code standard. Il applique un coefficient de 3,5 sur Rm et autorise des méthodes simplifiées. Division 2 autorise des contraintes plus élevées (Rm/3, Rp0,2/1,5) mais exige une analyse plus rigoureuse : fatigue obligatoire, CND renforcés, PWHT stricts. Division 2 est à privilégier au-delà de 100 bar ou quand la réduction de masse est un enjeu. Pour les équipements courants, Division 1 suffit.

    Quel code choisir pour une tuyauterie vapeur en centrale thermique ?

    Pour les tuyauteries de puissance (vapeur, eau surchauffée), ASME B31.1 est la référence internationale. En Europe, l'EN 13480 couvre ce domaine. En France, pour les centrales nucléaires, le RCC-M s'impose (règles B pour la classe 1, règles C pour les classes N2/N3). Le choix dépend du référentiel contractuel : EPC américain vers ASME B31.1, projet européen vers EN 13480.

    Le choix du code influence-t-il significativement les épaisseurs calculées ?

    Oui. Pour un acier P265GH (Rm = 410 MPa, Rp0,2 = 265 MPa), EN 13445 donne f = 170,8 MPa contre S = 117,1 MPa sous ASME VIII Div.1. L'épaisseur sous ASME Div.1 sera environ 46 % plus grande, toutes choses égales par ailleurs. Cet écart s'explique par des philosophies différentes de sécurité et de contrôle qualité. ASME Div.2 se rapproche des valeurs européennes.